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Énigmes de situation en cours de FLE : une activité orale
Illustration : La lettre du frère
Une énigme de situation fait d’une classe entière des gens qui doivent fabriquer des questions. Chaque question reçoit une réponse, tout de suite, et cette réponse dit aussi si la phrase a été comprise. C’est rare en cours de langue, où c’est d’habitude l’enseignant qui interroge. Voici comment mener une énigme en cours de FLE ou de français, ce qu’elle fait travailler, et quels textes choisir. Précision utile : nous publions Post Mortem, un jeu d’énigmes noires, et les énoncés dont il est question ici sont les nôtres.
Dans cet article
Pourquoi ça marche en cours de langue
Le principe tient en une phrase. Vous lisez une scène qui semble impossible, la classe pose des questions auxquelles on répond par oui ou par non, et l’histoire se reconstitue petit à petit. Chaque tour de parole est une question que l’apprenant construit lui-même, pour une vraie raison : il veut savoir. Personne ne récite.
La réponse arrive tout de suite et elle vaut correction. Une question ouverte, ou trop confuse pour qu’on y réponde, reçoit « reformulez » : nos règles demandent déjà au narrateur de faire reformuler une question ambiguë. L’apprenant doit alors trouver une autre forme, pas une autre idée. Le « peu importe » apprend autre chose : ce détail ne sert pas à expliquer l’histoire. La classe apprend à trier ce qui compte, ce qui est un travail de compréhension autant qu’un réflexe de joueur.
Le format n’est pas neuf en classe. En octobre 2020, le blog Regard sur le français proposait une activité sur les énigmes : les élèves écoutent ou lisent l’énigme, posent des questions fermées pour trouver la réponse, et peuvent ensuite écrire les leurs. C’est aussi le principe du jeu de cartes black stories : le meneur lit la carte en silence, recto et verso, lit l’énigme à voix haute, et les autres ne posent que des questions auxquelles il peut répondre par oui ou par non. Nous partons de la même idée et ajoutons deux choses : ce que chaque moment du jeu fait travailler dans la langue, et des énoncés qu’on peut projeter sans que la réponse soit imprimée juste en dessous.
Sources
Ce que le jeu fait travailler
D’abord l’interrogation totale, celle qui appelle oui ou non, dans ses trois formes. Le jeu les accepte toutes, ce qui permet de fixer un objectif différent selon le groupe : l’intonation le premier jour, « est-ce que » obligatoire ensuite, l’inversion pour les plus avancés.
- L’intonation. « Il était seul ? » Naturelle à l’oral, et suffisante pour jouer.
- Est-ce que. « Est-ce qu’il connaissait cette personne ? » La forme qui ne pose presque jamais de problème, donc celle qui libère l’attention pour le sens.
- L’inversion. « L’homme savait-il ce qu’il faisait ? » Avec la reprise du sujet par un pronom, que beaucoup d’apprenants oublient, et le -t- de « A-t-il menti ? ».
Les temps du passé et l’hypothèse
La plupart de nos énoncés sont écrits au présent, et tout ce qui les explique s’est passé avant. Les questions remontent donc le temps, ce qui donne une vraie raison d’utiliser chaque temps du passé. Le passé composé pour les événements : « Quelqu’un est-il venu ce soir-là ? » L’imparfait pour le décor et les états : « Faisait-il nuit ? », « Était-il malade ? » Le plus-que-parfait pour ce qui précède la scène : « Avait-il déjà rencontré cette femme ? » Quand une réponse dépend du temps employé, la classe le remarque d’elle-même.
Vient ensuite l’hypothèse. Quand une piste se dessine, les apprenants veulent tester une théorie entière : « S’il avait été seul, est-ce que ce serait arrivé ? » C’est le moment du si suivi du plus-que-parfait et du conditionnel passé. C’est aussi une limite utile du jeu : une théorie en trois morceaux suivie d’un « non » n’apprend rien, puisqu’on ne sait pas quel morceau est faux. Faites-la couper en questions simples.
Le récit final, enfin, mélange tout : les faits au passé composé, le décor à l’imparfait, ce qui s’était passé avant au plus-que-parfait, et les connecteurs qui tiennent le tout (parce que, alors, sans savoir que).
Choisir le texte
Chaque énigme de notre bibliothèque porte une difficulté d’une à trois étoiles. Une étoile veut dire une seule idée à retrouver ; trois, une histoire à reconstituer étape par étape. Pour une première séance, prenez une étoile.
Nos histoires parlent souvent de mort. Le jeu s’appelle Post Mortem, et même quand l’énoncé montre une scène ordinaire, la solution peut être sombre. Nous ne dirons pas à partir de quel âge ni pour quel groupe c’est adapté : c’est à vous d’en juger, et pour cela il faut lire l’énoncé et la solution avant le cours. Pour un groupe que le sujet pourrait heurter, commencez par la collection Vies modernes. Elle part des métiers, des écrans et du quotidien, et plusieurs de ses énoncés à une étoile ne contiennent aucun corps.
Par exemple, « Les feux du verger », une étoile, dans Vies modernes :
« À trois heures du matin, un homme parcourt son verger et allume une à une des centaines de petites flammes entre les arbres. Il ne cherche ni à éclairer, ni à enfumer, et il ne brûle rien de ce qui pousse là. Au lever du soleil, il souffle chaque flamme et va se coucher. Pourquoi ? »
Un groupe de niveau A2 aura peut-être besoin de « verger » et d’« enfumer ». Expliquez deux ou trois mots de l’énoncé avant de le projeter si leur absence bloquerait la compréhension, jamais un mot de la solution, et sans insister : un mot présenté avec trop de soin devient un indice.
Votre préparation : la solution se lit dans l’application
Pour répondre à la classe, il faut connaître l’histoire, et la solution ne se lit que dans l’application Post Mortem. Le plus simple est de résoudre l’énigme vous-même la veille, face au narrateur de l’application : vous verrez au passage où les questions butent.
Notez ensuite, pour vous seul, les trois à cinq faits que la classe doit retrouver, et décidez ce que l’histoire laisse ouvert. Ces questions-là recevront « peu importe », quel que soit le groupe. Notre guide du narrateur détaille cette préparation.
En classe, projetez la page de l’énigme sur ce site : l’illustration et l’énoncé complet, jamais la solution. Nos énoncés français sont écrits en français, pas traduits de l’anglais.
Une trame de séance
Une trame à essayer pour une première fois, pas une méthode éprouvée : vous connaissez votre classe mieux que nous. Comptez un quart d’heure avec une énigme à une étoile, ou une dizaine de minutes sans le tableau.
- Projetez l’énoncé et lisez-le à voix haute. Vérifiez que les mots sont compris, pas l’histoire.
- Par deux, les élèves se mettent d’accord sur une question avant de la poser. C’est là que la langue se travaille : ils discutent de la forme autant que de l’idée.
- Au tableau, deux colonnes : ce qui est vrai, ce qui est faux. Chaque « oui » et chaque « non » utile y est écrit en phrase complète, par un élève. Les « peu importe » vont dans un coin, pour qu’on ne les repose pas.
- Vous ne répondez que par « oui », « non » ou « peu importe », plus « reformulez » quand la question ne se répond pas ainsi. Pas de « presque », pas de sourire entendu.
- Quand quelqu’un pense avoir trouvé, il raconte toute l’histoire au passé. La classe complète ou corrige avec les colonnes du tableau.
- Puis vous racontez la vraie histoire. C’est une compréhension orale que tout le monde écoute pour de bon.
Adapter au niveau
En A2, gardez une étoile et écrivez des débuts de questions au tableau avant de commencer : « Est-ce que… ? », « Il y a… ? », « C’était… ? », « Il a… ? ». Acceptez l’intonation. Laissez plus de temps aux paires pour préparer chaque question, et faites le point sur le tableau plus souvent.
À partir de B1, laissez les questions libres et fixez une contrainte : « est-ce que » pour tout le monde, l’inversion pour ceux qui la maîtrisent déjà. Passez à deux étoiles. Demandez que toute théorie soit formulée comme une hypothèse avant d’être découpée en questions, et que le récit final tienne sans regarder le tableau.
Pour aller plus loin : écrire leur propre énigme
Après deux ou trois séances, les élèves peuvent écrire leur propre scène, comme le proposait déjà Regard sur le français. C’est une production écrite sous une contrainte forte. Nous en suivons quelques-unes nous-mêmes : l’énoncé ne ment jamais, le paradoxe tient en une phrase (ceci, et pourtant cela), et la solution s’atteint en posant des questions, sans savoir spécialisé.
Chaque groupe mène ensuite son énigme devant la classe. Les rôles s’inversent : ceux qui ont écrit l’histoire doivent comprendre les questions des autres pour y répondre, et c’est un autre exercice.


