Au studio
Énigme de situation facile ou difficile : laquelle choisir ?
Illustration : La carotte dans le pré
Une énigme n’est pas difficile parce que la table est lente, ni facile parce qu’elle est brillante. La difficulté appartient à l’histoire : au nombre de pas qui séparent l’énoncé de ce qui s’est vraiment passé. Elle n’a rien à voir non plus avec la noirceur. Une scène très sombre peut se dénouer en une question, une scène anodine occuper toute la soirée. Voici ce que mesurent les étoiles de Post Mortem, ce qu’elles ne mesurent pas, et comment choisir l’énigme qui convient à ceux qui sont autour de la table ce soir.
Dans cet article
Ce que mesurent nos étoiles
Quand nous écrivons une histoire, nous lui donnons une à trois étoiles selon une seule règle : la longueur de la chaîne de déductions entre l’énoncé et la solution.
- Une étoile : un seul recadrage. Il suffit de lâcher une supposition que tout le monde fait sans y penser, et la scène s’explique d’un coup. Une table peut la trouver en dix questions ou en quarante, mais il n’y a qu’une marche.
- Deux étoiles : une courte chaîne. Il faut retrouver deux ou trois faits et les relier. Chaque découverte ouvre la question suivante.
- Trois étoiles : toute une histoire antérieure, reconstruite étape par étape. L’énoncé montre la dernière image d’une suite d’événements, et la table doit remonter chacun d’eux.
Une note maison
Ces étoiles sont notre réglage à nous. Un recueil ou un site qui écrit « difficile » ne parle pas forcément de la même chose. Chez nous, une étoile de plus veut dire un maillon de plus à retrouver, rien d’autre.
Pour situer, les trois énigmes proposées en bas de page vont d’une à trois étoiles. Lisez « Nés ensemble, pas jumeaux » puis « Le défunt au guichet » : d’un côté un seul fait qui cloche, de l’autre plusieurs, qui devront tous trouver leur place. L’écart se sent avant la première question.
Ce que les étoiles ne mesurent pas
Le ton. Une étoile ne veut pas dire douce. Certaines de nos histoires les plus sombres se dénouent en un seul recadrage, et une trois-étoiles peut partir d’un courrier de banque. Si une partie de la table n’a pas envie d’une mort ce soir, c’est l’énoncé qui vous le dira, pas les étoiles.
Le décor. Une scène de tous les jours n’est pas plus facile qu’une scène d’une autre époque. Le quotidien a même son piège : on croit le connaître, alors on remplit les blancs sans s’en apercevoir.
Le savoir extérieur. Nos histoires n’en demandent pas, quelle que soit la note. Une énigme à trois étoiles demande plus de questions, pas un diplôme.
Ce qu’un énoncé laisse deviner
Sans lire la solution, un meneur peut jauger une énigme sur l’énoncé seul. C’est souvent plus parlant que la note, parce que cela dit comment la partie va se dérouler. Trois choses à regarder.
- Le nombre de bizarreries. Comptez les détails qui ne vont pas de soi. Un seul fait étrange appelle une explication. Trois détails qui doivent tous trouver leur place, ce sont trois pistes à tenir ensemble.
- La force de la première image. Plus la scène impose une lecture (un lieu, un rôle, le sens courant d’un mot), plus la table mettra du temps à la lâcher. Un énoncé qui semble limpide est rarement le plus rapide.
- Le nombre de personnes. Chaque personnage ouvre sa série de questions : qui il est, ce qu’il savait, ce qu’il voulait. Une scène à une personne se resserre vite, une scène à quatre se disperse.
Choisir pour votre table
La bonne énigme dépend moins du niveau des joueurs que du moment de la soirée.
- Une première partie. Pour une première énigme de situation, prenez une étoile, même avec des gens vifs. La première énigme sert à apprendre le jeu : la question fermée, le « peu importe », le moment où l’on raconte l’histoire. Un déclic net au bout de vingt minutes donne envie de la suivante. Une heure de « non » donne envie de sortir un autre jeu.
- Une table mélangée. Habitués et nouveaux venus, famille, collègues : prenez une scène douce, une ou deux étoiles, avec peu de personnages. Les habitués montrent comment on questionne, les autres attrapent le rythme. Si des plus jeunes jouent, lisez l’énoncé avant de choisir, vous connaissez votre table mieux qu’une étiquette.
- Une table affûtée. Gardez les trois étoiles pour le moment où le groupe s’est échauffé, après une ou deux histoires plus courtes. Et n’en enchaînez pas deux : une longue reconstruction fatigue, la suivante se joue mieux avec une seule marche.
Quand quelqu’un connaît déjà l’histoire
Les énigmes les plus célèbres circulent depuis longtemps, souvent avec leur réponse imprimée juste en dessous. Dans un groupe de six, il se trouve souvent quelqu’un qui a déjà entendu « L’homme dans l’ascenseur » ou « La soupe d’albatros ».
Une histoire dont on se souvient ne se rejoue pas. Le test de black stories publié par Geeky Hobbies le dit sans détour : une fois toutes les cartes passées, le jeu perd presque tout intérêt à être rejoué. Le même test conseille à qui connaît une histoire de se retirer de la manche. Nos règles lui proposent plutôt la place de narrateur, et le guide du narrateur dit quoi faire si elle est déjà prise.
Si toute la table connaît les classiques, changez de rayon. Notre collection « Les grands classiques » mêle les histoires célèbres à d’autres qu’on entend moins. « Vies modernes » rassemble des énigmes originales, tirées des métiers, des écrans et des démarches d’aujourd’hui. « Le détail qui trahit » joue autrement : quelqu’un remarque un détail, et il faut comprendre pourquoi cela change tout.
Sources
Choisir dans la bibliothèque
La bibliothèque d’énigmes gratuites est faite pour ce choix. En haut, une recherche sur les titres et les énoncés, les collections en pastilles, un filtre par difficulté (facile, intermédiaire, difficile) et un tri qui propose « Faciles d’abord » et « Difficiles d’abord ».
Chaque carte montre la scène, la collection, les étoiles, le titre et l’énoncé complet. Jamais la réponse : vous pouvez parcourir toute la page sans rien vous gâcher. Une bonne façon de choisir en groupe est de lire trois énoncés à voix haute et de laisser la table voter. La solution, elle, reste dans l’application.
Sur le site
Dans l’application
Les mêmes étoiles figurent sur chaque vignette d’énigme dans l’application. Seul, vous posez vos questions au narrateur, qui répond oui, non ou peu importe.
Il ne devient pas plus accommodant sur une histoire à trois étoiles. Il répond à la question posée, d’après l’histoire, de la même façon quelle que soit la note. Ce qui change, c’est la longueur du chemin. Si une trois-étoiles vous résiste, revenez à l’énoncé et cherchez le détail que rien n’explique encore.


